Article 606 bail commercial : qui paie les grosses réparations ?
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Les grosses réparations au sens de l’article 606 du Code civil sont à la charge du bailleur. Depuis la loi Pinel et son décret d’application du 3 novembre 2014, cette règle est devenue impérative pour les baux conclus ou renouvelés après le 5 novembre 2014 : toute clause qui tenterait de transférer ces dépenses au preneur est réputée non écrite.
Le mécanisme repose sur trois éléments qu’un professionnel de l’immobilier doit vérifier avant toute négociation :
L’article 606 du Code civil vise les gros murs, les voûtes, le rétablissement des poutres, les couvertures entières, les digues et les murs de soutènement ou de clôture entiers.
Le décret Pinel a introduit l’article R.145-35 du Code de commerce, qui interdit d’imputer ces charges au locataire pour les baux postérieurs au 5 novembre 2014.
L’article 605 du Code civil couvre, lui, les réparations d’entretien courant, qui restent à la charge du preneur sauf clause contraire.
Cette distinction entre entretien et grosses réparations conditionne des sommes souvent considérables sur un actif tertiaire ou logistique, comme expliqué dans ce comparatif coûts et flexibilité des baux commerciaux. Elle mérite d’être posée noir sur blanc dès la négociation du bail commercial, pas découverte au moment où la toiture cède.
Points clés
L’article 606 met les grosses réparations structurelles à la charge du bailleur, et la loi Pinel interdit tout transfert contractuel de cette charge pour les baux postérieurs au 5 novembre 2014.
Point | Détails |
Principe de base | Les grosses réparations relevant de l’article 606 restent à la charge du bailleur, sauf bail antérieur non renouvelé. |
Critère de qualification | L’impact sur la structure ou la solidité du bâtiment prime sur le libellé littéral de la clause. |
Obligation d’information | Le bailleur doit fournir un inventaire limitatif des charges et des états récapitulatifs triennaux. |
Prévention des litiges | Un audit structurel avant renouvellement de bail évite la majorité des contestations sur la qualification des travaux. |
Table des matières
Que recouvre l’article 606 aujourd’hui : textes, exemples et jurisprudence
Le texte de 1804 parle de réparations « entières », un mot que les rédacteurs de l’époque employaient pour distinguer les travaux structurels majeurs des simples réfections locales. Les tribunaux ont progressivement abandonné une lecture littérale de ce mot pour privilégier une interprétation fonctionnelle : est une grosse réparation ce qui touche à la solidité, à la structure ou à la stabilité du bâtiment, indépendamment du fait que l’intervention porte sur la totalité ou une partie de l’ouvrage.
Concrètement, entrent aujourd’hui dans le champ de l’article 606 :
La réfection complète ou partielle d’une toiture lorsque la structure porteuse est concernée.
Le remplacement intégral d’une charpente vétuste.
La reprise de fondations ou de murs porteurs présentant des désordres structurels.
Le remplacement des canalisations générales de l’immeuble, distinctes des réseaux privatifs du locataire.
La réfection des murs de soutènement ou de clôture qui garantissent la stabilité de l’ensemble immobilier.
Un arrêt de la Cour de cassation du 21 avril 2022 confirme cette lecture extensive, fondée sur l’impact structurel réel des travaux plutôt que sur leur ampleur apparente. Cette évolution jurisprudentielle, amorcée dès 2005, a déplacé le débat contentieux : la question n’est plus « le mot 606 figure-t-il dans la clause du bail ? » mais « ces travaux touchent-ils à la solidité de l’immeuble ? ».
Conseil de pro : retenez un indicateur simple pour qualifier une intervention litigieuse : si les travaux affectent la structure porteuse ou la stabilité du bâtiment et engagent un coût significatif au regard de la valeur de l’actif, ils relèvent très probablement de l’article 606, quel que soit le libellé retenu dans le bail.
Certaines zones grises persistent : le ravalement de façade, la rénovation d’un ascenseur ou le remplacement des huisseries posent encore des questions d’interprétation, car leur qualification dépend souvent de leur lien avec la structure porteuse plutôt que d’une liste figée. C’est précisément sur ces cas limites qu’une expertise technique préalable évite le contentieux.

Cadre légal du bail commercial : loi Pinel, décret R.145-35 et obligations d’information
Le décret du 3 novembre 2014 a transformé l’article 606 en règle d’ordre public pour les baux commerciaux. Concrètement, toute clause d’un bail conclu ou renouvelé après le 5 novembre 2014 qui mettrait les grosses réparations à la charge du preneur est frappée de nullité, même si elle a été négociée et signée en toute connaissance de cause par les deux parties.
Le décret Pinel ne se contente pas d’interdire le transfert des grosses réparations : il impose au bailleur, dans les ensembles immobiliers comportant plusieurs locataires, une obligation active d’information. L’article L.145-40-2 du Code de commerce exige la transmission périodique d’un état récapitulatif des travaux réalisés et d’un état prévisionnel assorti d’un budget pour les trois années suivantes.
Cette obligation d’inventaire précis et limitatif des catégories de charges, rappelée par le guide officiel Service‑Public, change concrètement la relation entre bailleur et preneur dans un centre commercial ou un parc d’activités multi‑locataires :
Le bailleur doit annexer au bail une liste détaillée des catégories de charges refacturables, sans renvoi vague à « l’ensemble des charges d’exploitation ».
L’état récapitulatif et l’état prévisionnel doivent être communiqués selon une périodicité régulière, généralement triennale pour le budget prévisionnel.
Cette transparence comptable réduit les risques de surfacturation, un mécanisme que le guide gouvernemental présente comme un objectif direct du dispositif.
Reste la question temporelle, souvent mal comprise : un bail signé avant le 5 novembre 2014 et non renouvelé depuis peut encore contenir une clause 606 valide transférant la charge au locataire. Dès le premier renouvellement postérieur à cette date, en revanche, la clause bascule automatiquement sous le régime Pinel et devient inopposable. Vérifier la date exacte de signature et l’historique des renouvellements est donc la toute première étape de tout audit contractuel.
Le sort de la vétusté suit une logique proche : les grosses réparations liées à l’usure structurelle normale du bâtiment restent une charge de propriétaire, tandis que les dégradations imputables à un usage anormal du preneur peuvent faire l’objet d’une répartition différente, à condition d’être documentées précisément dans le bail.
Comment repérer une clause qui contourne l’article 606 ?
Certains bailleurs continuent de rédiger des clauses ambiguës, en espérant qu’un preneur peu averti ne conteste pas leur portée. Le cabinet CMS Francis Lefebvre relève que ces formulations restrictives ou vagues restent fréquentes en pratique, ce qui impose une vigilance particulière côté preneur.
Trois signaux doivent alerter un directeur immobilier ou un asset manager lors de la relecture d’un projet de bail :
Un renvoi global et non détaillé à « l’article 606 » sans inventaire limitatif annexé, qui laisse le champ libre à une interprétation ultérieure favorable au bailleur.
Une clause de charges rédigée en termes génériques (« tous travaux nécessaires au bon fonctionnement de l’immeuble »), qui tente de faire glisser des grosses réparations dans une catégorie d’entretien courant.
L’absence de toute mention relative à la vétusté ou aux états récapitulatifs prévus par l’article L.145-40-2.
Conseil de pro : avant signature, exigez systématiquement une annexe listant limitativement les catégories de charges refacturables, poste par poste. Un inventaire précis protège autant le bailleur, qui sécurise juridiquement sa refacturation, que le preneur, qui évite les mauvaises surprises budgétaires.
Négocier ce point n’a rien d’agressif : demander un état CAPEX prévisionnel sur trois ans avant signature, ou l’associer aux modèles d’actes remis par un avocat spécialisé en droit immobilier, fait désormais partie des standards de marché sur les baux commerciaux structurants.
Que faire face à des travaux urgents ou à un refus du bailleur ?
Une fissure structurelle apparaît, une toiture fuit sur des stocks logistiques, et le bailleur traîne des pieds. La marche à suivre doit rester méthodique pour préserver à la fois la sécurité des occupants et les droits du preneur.
Sécuriser la zone concernée et faire établir un constat par un commissaire de justice, daté et photographié.
Notifier le bailleur par écrit, en décrivant précisément le désordre et son impact sur l’exploitation.
Mobiliser une expertise technique indépendante pour qualifier juridiquement les travaux et chiffrer leur coût.
En cas de silence ou de refus persistant, adresser une mise en demeure puis saisir le juge des référés pour obtenir une expertise judiciaire ou une astreinte.
Sur le plan technique, l’expertise indépendante doit produire un rapport chiffré qui documente l’impact structurel réel du désordre, condition indispensable pour fonder une demande de travaux devant un juge. Un audit structurel mené par un AMO permet de trancher objectivement la qualification entretien contre grosse réparation, un point qui reste, selon la doctrine, la première source de contentieux entre bailleurs et preneurs.
Quelques réflexes limitent les risques financiers en cours de procédure :
Conserver toutes les factures et devis liés au désordre, même provisoires.
Chiffrer la perte d’exploitation si l’activité commerciale est affectée par les travaux ou leur absence.
Documenter chronologiquement chaque échange avec le bailleur, y compris les relances informelles.
Checklist AMO Ark-immo : audit, inventaire et plan CAPEX triennal
Un audit structurel avant renouvellement de bail limite la majorité des litiges liés à l’article 606. Notre méthodologie chez Ark-immo repose sur quatre étapes : diagnostic des éléments porteurs, revue des désordres déjà signalés, chiffrage des travaux à horizon trois ans, puis rédaction d’un inventaire limitatif à annexer au bail.
Diagnostic structurel : état des fondations, charpente, toiture, murs porteurs et réseaux généraux.
Inventaire limitatif des charges : rubriques détaillées par nature de travaux, avec référence explicite aux articles 605 et 606.
Plan CAPEX triennal : budget prévisionnel ventilé par poste technique, conforme aux exigences de l’article L.145-40-2.
Calendrier de communication : échéances de transmission des états récapitulatifs et prévisionnels au preneur.
L’AMO n’a pas vocation à se substituer au bailleur ou au property manager, mais à trancher techniquement la frontière entre entretien et grosse réparation avant qu’elle ne devienne un point de friction contractuel.
Points clés à retenir de la méthode
Point | Détails |
Qualification technique | Un rapport structurel chiffré fonde juridiquement la demande de travaux relevant de l’article 606. |
Inventaire annexé | Un inventaire limitatif des charges évite les renvois vagues sources de contentieux. |
Plan CAPEX triennal | Le budget prévisionnel respecte l’obligation d’information de l’article L.145-40-2. |
Point de vue Ark-immo : anticiper plutôt que subir
La plupart des litiges liés à l’article 606 naissent d’un défaut d’anticipation, pas d’un désaccord juridique de fond. Un audit structurel mené avant renouvellement coûte infiniment moins cher qu’un contentieux en référé, et il préserve la valeur de l’actif sur le long terme. La transparence comptable, via un inventaire limitatif et des états récapitulatifs sérieux, protège autant le bailleur que le preneur : elle évite les procès d’intention autant que les mauvaises surprises budgétaires. Chez Ark-immo, nous accompagnons bailleurs et preneurs dans cette démarche préventive, de l’audit structurel jusqu’à la structuration du plan CAPEX.
— Serbanne
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